
Cicéron, bibliophile
On connaît Cicéron (3 janvier 106 av. J.-C. – 7 décembre 43 av. J.-C.) comme l'un des plus célèbres hommes d'état et philosophes romains.
Mais une autre facette de cet illustre orateur nous est révélée par Edmond Bonnaffé dans son ouvrage « Les collectionneurs de l’ancienne Rome » qui nous le décrit aussi comme un bibliophile fameux.
Je publie ci-dessous un extrait de cet ouvrage qui met particulièrement en exergue la passion de Cicéron à l’égard des livres et de l’art d’en collectionner les plus beaux. Il affectionne ses bibliothèques et chérit ses « rayons de livres ornés de leurs belles étiquettes » :
[…]
Sans doute Cicéron l'avait placée près de lui (une statue de Démosthène), dans sa bibliothèque, au milieu de ses livres chéris, ses « vieux amis » comme il les appelait.
Les livres: c'est au milieu d'eux qu'on retrouve Cicéron tout entier; voilà sa vraie passion, la seule où la mode n'ait que faire; « Pensez, écrit-il à Atticus, comme vous me l'avez promis, à me composer une bibliothèque. C'est sur vos soins obligeants qu'est fondée l'espérance de la douceur que je me promets de goûter un jour, quand je serai tiré de l'embarras des affaires. Ne traitez avec personne de vos livres, quelque prix qu'on vous en offre; je destine à cette acquisition toutes mes petites épargnes. J'en ai autant d'envie que j'ai de dégoût pour toute autre chose ».
Et ailleurs :
« Gardez toujours vos livres et ne désespérez pas que je les puisse acheter un jour. Si ce bonheur m'arrive jamais, je me croirai plus riche que Crassus, et je regarderai avec mépris tous les palais et tous les domaines du monde ».
Dans deux autres lettres datées de 60 avant JC, à propos d'une collection de livres dont on lui a fait présent, avec quelle sollicitude il prie Atticus de la lui faire parvenir ! « Je vous prie, si vous m'aimez et si vous comptez que je vous aime, employez vos amis, vos hôtes, vos affranchis, vos esclaves, pour qu'il ne s'en égare pas un feuillet. Vous m'obligerez, je vous le répète, vous m'obligerez infiniment, si vous y apportez tout le soin que vous mettez aux affaires que vous savez me passionner le plus. Si vous m'aimez, tâchez qu'aucun livre ne se perde, et expédiez-moi le tout; vous ne pouvez me faire un plus grand plaisir. Veillez bien sur les livres grecs, et encore plus sur les latins; je vous en saurai autant de gré que si le présent venait de vous-même ! ».
Cicéron avait des livres dans toutes ses villas, mais ses principales bibliothèques étaient à Tusculum, à Antium et à Cumes. « Je ne saurais exprimer, dit-il, combien j'ai de plaisir, non-seulement quand j'y suis, mais même quand j'y pense ».
Il soignait ses beaux manuscrits avec amour; il avait pour eux toutes les attentions délicates, toutes les coquetteries du bibliophile. Un grand nombre étaient sur parchemin ; les textes étaient écrits et revus avec un soin minutieux par les copistes les plus experts. Il se faisait envoyer par Atticus deux de ses ouvriers grecs, Denys et Ménophile, pour mettre ses livres en état. […].
C'est Tyrannion lui-même qui surveillait la copie des manuscrits et dressait les catalogues. « Rien n'est plus élégant que ma bibliothèque avec ses rayons de livres ornés de leurs belles étiquettes ; ma demeure me paraît maintenant douée d'intelligence. »
Plus d'un siècle après la mort de Cicéron, cette précieuse collection, qu'il avait composée et embellie avec tant d'amour, eut encore comme un regain de splendeur. »
[…]